La licence globale est-elle une solution ou la mort des artistes
Ce jeudi 2 février, un débat sur le projet de la licence globale
m'a permis de mieux voir le fossé d'incompréhension qu'il y a entre
les parties prenantes, et les craintes de l'autre parti.
Pour être honnête, je dois avouer que j'ai un a priori négatif sur les
majors et la Sacem. La large représentation de cette dernière organisation
au débat, tant sur le plateau que dans la salle, ne m'a pas fait changer d'avis.
Le problème est le suivant : comment rémunérer les auteurs et artistes
lorsqu'il y a téléchargement par Internet ? On pense bien sûr aux téléchargement
de pair à pair, P2P, et non aux téléchargements depuis les plateformes
commerciales qui gèrent correctement l'aspect rémunération, cf les
3 centimes reversés à l'artiste par morceau à 1 euro vendu .
Deux solutions s'affrontent :
- Interdire et lutter contre le téléchargement illégal pour forcer les
internautes à acheter par les canaux existant leurs oeuvres culturelles,
- tout autoriser mais faire payer un abonnement.
Ces deux solutions ont des faiblesses.
Interdire est illusoire sauf à utiliser la bombe atomique
Interdire est illusoire. Lorsqu'on parle déjà de 8 millions de "pirates"
qui téléchargent illégalement, ce n'est plus de la délinquance mais une
révolution. On ne peut pas mettre 8 millions de personnes en prison et
de toute façon nos députés n'en ont aucune envie, il s'agit aussi de
leurs enfants. De plus ce chiffre n'est que le début, il reste encore
nombre de foyers à connecter à Internet.
On arrête pas une vague de fond, on apprend à surfer dessus.
Alors une solution proposée est de modifier les
ordinateurs pour qu'ils ne puissent plus faire de téléchargement illégaux.
Cette solution est séduisante à mes yeux mais, en tant qu'informaticien,
je sais qu'elle est difficilement réalisable. Chaque protection a son
attaque.
Une solution à ce problème est d'interdire les attaques contre les
protections comme l'indique le DMCA, la loi US qui va dans ce sens.
Mais on se rend compte que les effets de bord d'une telle lois
sont encore plus néfastes. Interdire les attaques implique d'interdire
ce qui permet de faire les attaques et on arrive très rapidement à
interdire la recherche et la diffusion de l'information. Interdire
le contournement des protections revient à tuer les logiciels libres
qui par définition ne peuvent pas avoir un programme secret.
Puisqu'on ne veut pas bloquer la liberté de réfléchir ni les logiciels
libres, il faut trouver une
solution de protection qui ne touche pas les programmes informatiques.
Une telle solution peut être d'avoir des composants physiques intégrés dans
le système de protection.
Le problème avec ces composants, car là encore il y a un problème, est
de limiter leur porté. La musique n'est pas la seule victime du piratage
et les éditeurs de logiciels commerciaux aimeraient bien profiter de
protections, même si le piratage à fait la fortune du plus gros d'entre eux.
Puis tant qu'à profiter d'un tel système, pourquoi ne pas repenser la
façon de diffusion des contenus et contrôler aussi leur usage. Avec un
tel système, il devient tout à fait possible de contrôler le nombre de
fois qu'un CD est écouté, voire l'heure à laquelle les auditeurs préfèrent
l'écouter. Si vous ajoutez une webcam, on pourrait même deviner le
sentiment des auditeurs.
On voit que les composants physiques intégrés peuvent rapidement
être le pire des maux. Ils
ne sont acceptables de mon point de vue, que s'ils sont idiots et non
contrôlable ou consultable à distance.
Un exemple de tel composant pourrait être un débrouilleur intégré aux
cartes sons et
graphiques. Que ce débrouilleur n'accepte que les flux authentifiés
et le tour est joué. Ce fonctionnement serait même compatible avec
les logiciels libres mais cela ne semble pas être la solution choisie par
Microsoft avec Windows Vista où le hard et le soft sont secrètement entremêlés.
Alors, peut-on espérer que les
constructeurs de cartes son et graphique introduiront une solution à
la française que pour nous faire plaisir ?
Tout autoriser contre abonnement, la porte ouverte au pillage pas cher ?
Puisque la simple interdiction est vouée à l'échec, certains considèrent
que plutôt que de lutter, autant profiter du mouvement et ouvrir grandes
les portes de la Culture en échange d'un abonnement mensuel.
Mais quel type d'abonnement/de redevance ?
- Quel montant ?
- Obligatoire ou optionnel ?
- Limité à la musique, ouvert à toutes les oeuvres culturelles ?
- Limité à la copie privée dans le cadre de la grande famille qu'est
Internet ?
On comprends que le montant multiplié par le nombre d'abonnés doit
pouvoir faire vivre ceux qui produisent les oeuvres. En même temps
l'abonnement doit rester assez faible pour ne pas être un obstacle.
Parmi les intervenants d'hier, un artiste a souligné qu'avec la
licence globale, l'internaute va s'abonner un mois, télécharger toute
la musique mondiale, résilier son abonnement et en profiter pour le
reste de ses jours. Bien sûr il existe de nombreuse solution contre
ce risque comme l'autorisation d'avoir des musiques non achetées
seulement tant qu'on paye l'abonnement, mais la plus simple est
de transformer l'abonnement en redevance et donc de le rendre obligatoire.
On règle ainsi le risque de l'abonnement d'un mois et en même temps
on garanti une belle somme aux artistes tout en ayant une redevance
faible, cf le calcul de Di Cosmo.
La redevance obligatoire est donc la solution, sauf qu'on ne s'abonne
pas obligatoirement a Internet pour télécharger de la musique. Personnellement
je n'ai jamais téléchargé de musique, alors pourquoi devrais-je payer cette
redevance ? De plus, n'y-a-t-il pas un risque de creuser plus encore
le fossé numérique à ajouter d'une taxe à l'abonnement à Internet ?
Cela étant si elle devait être mise en place, je ne lutterai pas
contre, au contraire j'en profiterai pour partir à la découverte de
nouvelles musiques, chose que je ne fais pas actuellement par manque
de temps et d'argent pour acheter des CD au hasard.
La question de la porté de la licence globale mérite d'être posé. Le
texte voté n'indique rien sur la question mais les députés dans l'hémicycle
ont bien précisé à maintes fois que la porté se limiterait à la musique.
Hier, encore, un producteur de film expliquait que la licence globale
ramènerait tellement peu d'argent que l'on ne pourrait plus produire que
5 ou 6 films par an. Ce producteur a malheureusement omit d'indiquer
avec quels chiffres il avait fait son calcul.
Pourtant le cinéma est familier de la
la licence globale. Il existe depuis des années des abonnements offerts
par certains cinémas pour voir autant de films qu'on le désire. Ces abonnement
à 20 euros/mois existent toujours, preuve que les cinémas n'y
perdent pas, sans que les producteurs ne s'en émeuvent. Alors pourquoi
la transposition de ce système à Internet serait la ruine immédiate ?
Une orgie de Culture
Ce projet de loi dont les aspects répressifs à la DMCA m'ont fait
sortir de mon ordinateur est une chance pour la Culture. Bien sûr
tout le monde n'y gagnerait pas avec la licence globale (les
maisons de disques ont beaucoup à y perdre) mais quelle chance
de pouvoir tester, s'ouvrir librement à la Culture tout en sachant
qu'on offre aux artistes/auteurs des revenus en moyenne nettement
supérieurs à ceux d'aujourd'hui (les grandes stars devraient aussi
y perdre si le public découvre de nouveaux artistes et que la redevance
est partagée proportionnellement).
Les nuits futures à l'assemblée vont être blanches, les maisons de
disque vont sortir les longs couteaux, mais je veux avoir espoir.
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