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Le beurre et l'argent du beurre

Imaginez que vous soyez fournisseur d'accès à Internet, FAI. Vos bénéfices sont confortables mais on peut toujours mieux, alors comment faire ? Faire payer plus cher les abonnés, difficile, la concurrence va les piquer. Piquer de l'argent à l'état ? Déjà fait, 200 milliards aux Etats-Unis.

L'idée à la mode c'est de faire payer ceux qui sont à l'autre bout du fil, les fournisseurs de contenu ou de services, FCS, comme Google. Faut dire que la santé d'un Google est énervante pour les pauvres fournisseurs d'accès, car si Google est riche, c'est grace aux internautes et donc grace à ceux qui les amènent.

D'ailleurs écoutons ce qu'en pense le directeur de SBC Telecommunications (interview de Business Week) :

How concerned are you about Internet upstarts like Google, MSN, Vonage, and others?

How do you think they're going to get to customers? Through a broadband pipe. Cable companies have them. We have them. Now what they would like to do is use my pipes free, but I ain't going to let them do that because we have spent this capital and we have to have a return on it. So there's going to have to be some mechanism for these people who use these pipes to pay for the portion they're using. Why should they be allowed to use my pipes?

The Internet can't be free in that sense, because we and the cable companies have made an investment and for a Google or Yahoo! or Vonage or anybody to expect to use these pipes [for] free is nuts!

Vilain Google ! Mais bon, sans Google, les autres fournisseurs de services et les fournisseurs de contenus, Internet serait nettement moins attrayant et les FAI auraient probablement peu de clients. Alors qui à besoin de qui ?

Les FAI pensent pouvoir s'en sortir en offrant un meilleur accès aux FCS qui les payent. Il s'agit du système dit à deux niveaux, "two-tier Internet".

Vinton Cerf, monsieur senior chez Google mais aussi co-auteur de TCP/IP, pense que les FAI sortent de leur rôle en voulant privilégier tel ou tel accès. Pour lui, si les FAI ne respectent pas une véritable neutralité, l'avenir d'Internet est menacé : "Nothing less than the future of the internet is at stake in these discussions. We must preserve neutrality in the system in order to allow the new Googles of the world, the new Yahoo!s, the new Amazons to form. We risk losing the internet as catalyst for consumer choice, for economic growth, for technological innovation, and for global competitiveness..

Il a été rejoint dans ce sens par Lawrence Lessig, professeur de droit à Stanford, pour qui l'innovation vient de l'extérieur. Le "deux niveaux" risque donc de tuer l'innovation en privilégiant le commercial (j'accède à tel service non pas pour son innovation et son efficacité mais car il est bien connecté, le service ayant payé mon FAI pour avoir une bonne connexion).

Bref, les FCS ne veulent pas payer une infrastructure que les internautes payent déjà.

Prenons un cas pratique. Ayant de la bonne connexion ADSL, mon fournisseur, Free, me propose des vidéos à la demande. Demain Google en fera de même en France. Il y aura donc une concurrence et grande sera la tentation pour Free d'indiquer que ses connexions vers Google sont saturées et donc qu'il devient impossible d'accéder à la vidéo à la demande chez Google. Si tel est véritablement le cas, doit-on imposer à Free d'augmenter sa bande passante vers Google à sa charge ou est-il raisonnable que Google paye la mise à niveau de la connexion entre Google et Free ?

Dans le fonctionnement actuel, les accords entre FAI, dits accords de peering, indiquent les conditions dans lesquels chacun fait transiter les paquets IP émis par l'autre. Dans notre cas, si la vidéo à la demande chez Google augmente fortement, le FAI de Google va envoyer plus de paquets vers Free et ce dernier pourra réviser leur accord de peering quitte à faire payer plus cher le FAI de Google (dans ce cas il est plus que probable que le FAI de Google répercutera le coût sur Google).

Ainsi le système fonctionne déjà, alors, pourquoi tout ce bruit messieurs les FAI ?


Une campagne pour sauvegarder la neutralité de l'Internet : Save the Internet.
Rédacteur :
Olivier Ricou
Page écrite le 14/2/2006